Pascal Cohen est Meilleur Ouvrier de France en sérigraphie !

Pascal Cohen, formateur chez Grafipolis, vient d’être nommé Meilleur Ouvrier de France en sérigraphie !

Il a travaillé tout l’été sur les épreuves de ce prestigieux concours, jusqu’à la finale le 8 octobre dernier. Il a reçu les résultats du jury récemment et fait maintenant partie du cercle de Meilleur Ouvrier de France. Grafipolis compte maintenant trois lauréats MOF qui enseignent leurs métiers : Mickaël Pageau et Philippe Tanguy en impression, et Pascal Cohen en sérigraphie.

Il nous raconte son expérience !

Pourquoi se lancer dans les MOF ?

En 2011, j’ai accompagné Mickaël Pageau lors de sa préparation aux MOF en impression. Le concours n’était pas ouvert aux sérigraphes et on ne pouvait pas encore concourir en équipe. Mickaël avait besoin de quelqu’un pour réaliser le travail de PAO pour les documents qu’il allait imprimer. Je lui ai donc donné un coup de main pour la partie graphique, puis il a obtenu le titre dans la catégorie Impression.
Cela a été ma première expérience du concours Un des Meilleurs Ouvriers de France.

Il y avait eu des sessions en catégorie Sérigraphie en 1997 et 2000 mais par manque de candidats elle a été interrompue, et rien depuis. Il y a deux ans la catégorie a été ouverte de nouveau. Mickaël m’a proposé de participer au concours et je me suis lancé !

Raconte-nous ton expérience…

Je me suis inscrit en avril 2017, puis j’ai attendu. Pas de nouvelles du COET-MOF (Comité d’Organisation des Expositions du Travail) pendant plus d’un an et enfin, en avril 2018, nous avons eu une réunion. Le sujet est sorti début mai. À sa lecture je me suis rendu compte de la difficulté et du niveau d’exigence que représente ce concours.

J’ai reçu les fichiers de travail début juillet et à partir de ce moment-là, je me suis investi à 100% dans la préparation jusqu’à la finale le 8 octobre dernier.

On m’a fourni trois fichiers : une œuvre de Van Binh, deux logos et des textes à intégrer dans un poster de 63 x 48 cm, à tirer en 10 exemplaires. Ensuite j’étais libre de créer la composition que je souhaitais, tout en respectant certaines contraintes techniques : un traitement en trame fine : entre 100 et 150 lpi. La trame est très fine et impose de nombreuses contraintes.

J’ai réalisé la création pendant que Grafipolis était fermée cet été. 50h de travail d’analyse et de recherche : de produits, de matériels, de choix graphiques… Pour le titre « Van Binh », je me suis inspiré d’une ancienne création de l’artiste.

À la réouverture de l’École, j’ai passé 90h à réaliser des tests d’impression, de validation de linéatures et d’angles de trames, etc. Le plus gros du travail, près de 290h, je les ai passées sur la réalisation du dossier qui accompagnait mes tirages. J’y détaille chacun de mes choix techniques, de mes tests, ce qui a fonctionné ou non, pourquoi cette mise en page et surtout je détaille mon organisation, la façon dont j’ai planifié mes travaux et mes tirages.

J’ai passé 180h en production dans les ateliers de l’École, pour sortir trois tirages différents. Le premier tirage, avec une trame 168 lpi, était trop rouge. L’encre que j’ai utilisée n’était pas faite pour travailler avec une trame aussi fine. Le second, avec une trame 115 lpi, fine, rendait la sculpture trop rouge et le fond de l’affiche pas assez.
Cinq jours avant la finale, j’ai sorti mon 3e tirage. C’était le bon tirage, celui qui me convenait et que j’emmènerai pour la finale à Lyon.

Pour la finale, je devais réaliser le dernier passage sur place, à la SEPR de Lyon. C’est une sacrée difficulté, avoir une œuvre réalisée en atelier puis terminée dans un lieu différent, en loge.

Ce n’est pas le même matériel, l’environnement et les conditions de travail sont différents. Par exemple, le taux d’humidité était à 50% à Lyon, alors qu’il était de 35% à Nantes, ce qui fait bouger la taille des feuilles.

J’ai choisi de faire une impression en sept passages : la quadri, un rouge pantone et un noir opaque dans les ateliers de Grafipolis.
Pour le 7e et dernier passage, j’ai choisi une encre ardoisine. Une fois polymérisée, c’est une encre qui ressemble à de l’ardoise. C’était un vrai risque et un challenge de garder ce dernier passage pour la finale car l’ardoisine venait en repérage dans une défonce.
Mes feuilles étaient plus grandes de 0,15 mm à Lyon, cela complique le travail de repérage, mais j’avais anticipé ce risque dans la préparation de mes fichiers.

J’ai choisi de m’imposer cette difficulté, je l’ai surmontée et visiblement cela a été payant !

Raconte-nous le jour de la finale !

C’était une journée intense, je ne l’ai pas vue passer ! J’étais tellement concentré, tout était calé dans ma tête, j’avais tellement répété, tout était prévu, chacune des étapes, chaque enchaînement, il n’y avait pas de place à l’erreur.

J’ai préparé mon écran, réalisé l’enduction, fait le clichage de l’écran, le calage de la machine et effectué mon tirage.

J’ai fait un tirage de 40 feuilles, le jury trouvait que c’était court pour avoir 10 bonnes feuilles. En conduisant mes tests, j’avais constaté qu’il y avait une montée de la couleur progressive et qu’elle était stable à partir de la 12e feuille. On n’applique pas ce genre de méthode tous les jours en production, mais là, ça a été utile face au jury.

Le jury m’a suivi pendant chacune de ces étapes, et on a fait un entretien de 30 minutes sur mes choix techniques. Il y avait M. Michel Caza, M. Jean-Yves Grandidier, M. Julien Carpentier, M. Sylvain Biessy, M. Pierre-Yves Delepierre et M. Serge Renoud. Le tunnel UV était en panne et je n’ai pas pu sécher les feuilles. C’est frustrant après tout ce travail de préparation, mais cela fait partie des aléas du travail sur machine.

Et ensuite ?

Et ensuite l’attente… trois longues semaines… et j’ai enfin reçu la lettre !
J’ai pris soin de la lire attentivement trois ou quatre fois. Et oui, je suis Un des Meilleurs Ouvriers de France.

On a fait des recherches dans les archives, il semblerait que je sois dans les premiers de la catégorie Sérigraphie !

Je suis invité en mars 2019 à la Sorbonne pour recevoir ma médaille, cela sera vraiment concret à ce moment-là.

Qu’est-ce que tu retires de cette expérience ?

C’est une belle aventure, on en sort transformé, que l’on soit lauréat ou non, on est forcément quelqu’un d’autre à la sortie. Si on décide de tenter le concours MOF, c’est qu’on s’estime capable, suffisamment bon. Mais en réalité on en sort encore meilleur, il y a un tel niveau d’exigence, il faut aller plus loin dans la qualité, dans la maîtrise. On ne nous demande pas un travail « vendable », on nous demande de présenter un travail qui sera jugé par des experts, par nos pairs, qui estimeront si on est au niveau d’un des Meilleurs Ouvriers de France.
Un tel investissement, cela transforme, on gagne en qualité, en expérience, on devient un autre professionnel et ce quel que soit le métier.

C’est l’expérience et le calme intérieur qui permettent de faire la différence dans ce concours, la variété du vécu, la capacité de gestion des incidents, comme un taux d’humidité plus élevé par exemple !

La difficulté de cette épreuve, c’est qu’elle n’est pas toujours très représentative de ce qui se fait en entreprise. Il y a une différence entre la sérigraphie artistique et la sérigraphie industrielle. Une trame de 100/150, c’était pour moi un vrai challenge.
Quand j’ai découvert le sujet, je me suis dit que c’était foutu. Il y avait de telles contraintes. Par exemple, le fait d’imposer un support « poster 63*48 », cela a exclu une grande partie des concurrents : il faut avoir le parc machine adapté et on ne peut pas proposer son propre support, comme du textile ou du verre. Les quatre machines de l’École ont 25 ans, les plateaux ont travaillé avec les années. J’ai tout de même pu faire l’épreuve sur une Svecia SSM de 1992 à Grafipolis et terminé mon travail sur une Thieme à la SEPR de Lyon.

Raconte-nous de ton parcours.

J’ai fait deux années de CAP sérigraphie au CFA de l’Imprimerie, désormais Grafipolis. Laurent Bluteau était mon formateur à l’époque et il est mon collègue aujourd’hui. Il fait partie des quatre personnes qui ont le plus compté dans mon parcours.
Ensuite j’ai travaillé pendant trois ans chez AIPI avec M. Robert Braud, j’ai fait mes armes là-bas sur la sérigraphie d’objets, textiles, d’adhésifs et de sublimations. Puis j’ai travaillé chez Lacroix Signalisation avec MM. Descombes et Couedel pendant un an. Ils m’ont donné la clé pour réussir dans le monde de l’industrie : le mieux est l’ennemi du bien. Ils m’ont fait prendre conscience que j’étais un bon opérateur et que j’avais les moyens d’aller plus loin.
Je suis ensuite revenu chez Grafipolis pour reprendre mes études. J’ai préparé un BEP Préparation de la Forme Imprimante une partie de la semaine et j’étais formateur en sérigraphie l’autre moitié du temps.
J’ai continué à travailler en tant que formateur, ce qui me permet de m’enrichir et continuer d’apprendre en formant les apprenants. Au CFA ou dans les entreprises, ils partagent leurs réalisations, machines, produits et problématiques.

C’est ce que j’aime, enseigner et continuer à suivre les évolutions du métier. Les MOF, c’est une belle étape sur le chemin, mais il en reste beaucoup d’autres.

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Vous souhaitez en savoir plus sur la sérigraphie chez Grafipolis ? Découvrez nos ateliers avec Laurent, le formateur de Pascal, et Laura, son apprentie :

 

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